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Mon petit ange, je t'accueille dans ce monde, et je t'avoue que ça me fait peur

Publié le 21 mars 2020

37 Semaines, c'est le chiffre qu'on vise depuis le début de ma grossesse. Une grossesse qui aura été inquiétante par moments, mais tout de même merveilleuse dans son ensemble. Ayant eu plusieurs contractions par jour et été mise au repos bien tôt, j'espérais te garder au chaud le plus longtemps possible. Et aujourd'hui, on a finalement atteint notre objectif: te mener à terme. Mais aujourd'hui, le monde a changé. Le monde change à une vitesse folle, et ça me fait peur de t'accueillir dans ces conditions. 

Devenir maman

Devenir maman est quelque chose que j'ai toujours voulu. J'ai toujours su qu'un jour, j'allais porter un enfant, le mettre au monde, en prendre soins et l'aimer de tout mon coeur. Jamais je n'aurais pensé que cet événement allait arriver en contexte de pandémie. 

Mettre un enfant au monde, c'est quelque chose en soi qui apporte son lot de crainte. Vais-je être capable? Est-ce que tout va bien aller? Ça va faire mal, oui, mais à quel point? Et après? Bref, un lot de questions et d'incertitudes. 

La pandémie, on l'a un peu vue venir. On dirait qu'on se sent toujours un peu protégé d'un paquet de choses qui se passe ailleurs dans le monde, ici au Québec. On a la chance d'avoir très peu de catastrophes naturelles (et celles qu'on a sont minimes comparé à bien d'autres pays). On a aussi la chance d'avoir accès à un système de santé gratuitement, de plusieurs programmes d'aide. On a des normes établies au niveau de la salubrité et de l'hygiène dans nos établissements qui font en sorte qu'on n'ait pas trop peur d'attraper des cochonneries en allant manger au resto. On voit des maladies se développer ailleurs dans le monde et on se dit que les chances que ça se rende jusqu'ici sont minimes, qu'on est «safe». 

Aujourd'hui, pour la première fois de ma vie, je l'ai moins ce feeling-là. J'ai confiance que notre gouvernement a pris les mesures qui étaient nécessaires pour essayer de contrôler tout ça. Je vois la communauté s'entraider et s'unir pour passer au travers de cette crise, et ça me donne de l'espoir. Mais je vois aussi mes collègues inhalothérapeutes qui vivent une tout autre réalité, au front, dans les hôpitaux. À quel point ça bouge et évolue vite. Et si c'était juste moi, je le vivrais différemment.

 

 Un deuil, à ma façon

Accueillir mon enfant dans le contexte actuel, c'est d'accepter de devoir faire le deuil de plusieurs choses. C'est un deuil qui n'a rien à voir avec le deuil que doivent faire des centaines de familles qui ont perdu un être cher. Jamais je n'oserais comparer cela. Mais c'est malgré tout un deuil. Un premier bébé, on n'en a qu'un. Une première grossesse, on n'en vit qu'une. Je traverse mes dernières semaines dans l'angoisse d'aller accoucher et de mettre ma famille à risque d'attraper cette maladie. Je dois accepter que je n'aie aucun contrôle sur ni quand, ni comment ça va arriver. Je dois accepter que ma mère ne puisse pas assister à mon accouchement et nous accompagner dans ce moment, comme c'était prévu. Je dois aussi accepter que les premières rencontres que fera mon enfant soient teintées de crainte et d'incertitude, plutôt que de joie et de gratitude. J'ai envie de pouvoir partager ce bonheur avec mes amis, ma famille. Mais les mesures actuelles font en sorte que ce partage devra se faire via une caméra, de mon salon. Ces premières fois, ces moments si précieux, ne reviendront jamais. Elles seront disparues, le Covid nous les aura volés. 

 

Et après..?

Et après, l'après-Covid, on en fait quoi? On s'attend à un moment où la pandémie perdra de l'ampleur. Où la vie reprendra tranquillement son court. Alors, lorsqu'on sera rendu là, je pourrai commencer à penser à sortir de nouveau, à voir des gens, à leur présenter mon enfant. Mais comment on le sait que le moment est venu? Qu'on peut à nouveau se sentir en sécurité, que le risque est réellement disparu, ou du moins réduit considérablement? Mon bébé qui, à mes yeux, sera si fragile. Je ne voudrais certainement pas prendre le risque de le mettre en danger, si minime le danger soit-il. 

J'ai l'impression que depuis le début de ce texte, je ne fais que mettre par écrit les 1001 questions qui se bousculent dans ma tête. Et c'est probablement vrai. J'aimerais pouvoir écrire une réponse à la suite de chacune des questions. J'aimerais rassurer mon coeur de maman, et probablement le coeur de plusieurs autres mamans. Mais la vérité est que personne ne les connaît, ces réponses magiques. Et c'est ça qui fait si peur: on doit accepter d'avancer et de vivre au jour le jour et de voir les réponses se dessiner devant nous au rythme de nos pas. On doit accepter qu'au-delà des précautions que nous pouvons prendre, nous n'ayons aucun contrôle. 

 
En attendant, j'apprend à vivre tranquillement

Je ne peux m'empêcher de voir l'impact que ces changements auront eu sur ma vie et celle de bien des gens en si peu de temps. Malgré tout ce qui se passe, c'est une chance pour bien des gens de pouvoir s'asseoir et prendre le temps de voir le Printemps arriver. De pouvoir regarder vos enfants s'émerveiller devant l'arrivée des oiseaux d'étés, de les voir profiter de chaque rayon de soleil. C'est un retour aux sources incroyable qui nous amène à repenser notre mode de vie et à revoir nos priorités. Je profite des derniers moments de cette première grossesse d'une manière bien différente que ce à quoi je m'attendais. Mais j'en profite. Avec mon conjoint à la maison. Avec mon chien qui est plus qu'heureux de passer ses journées avec nous. 

On t'attend mon ange. On te prépare un nid douillet, un petit cocon d'amour. On va faire de notre mieux pour t'accueillir, dans ce contexte difficile. On va faire de notre mieux pour pas trop faire de place à nos craintes et laisser toute la place à l'amour.

À bientôt. xxx